samedi 6 décembre 2014

La Voie des Oracles

Estelle Faye, T.1: Thya
ed. Scrineo
  "La Gaule, Ve siècle après Jésus-Christ."

  Thya, fille du général romain Gnaeus Sertor vit loin de Rome et de ses complots. L'année de ses cinq ans, Thya découvre qu'elle a un don, un don dangereux: elle est oracle. Au coeur de cette Italie chrétienne, avoir un don en lien direct avec les dieux païens est équivalent à signer son arrêt de mort. Son père l'envoie vivre loin du danger, en Aquitaine, souhaitant plus que tout protéger son enfant. Pour Thya, son père est toute sa vie et elle est prête à tout pour lui. C'est pour cela que, onze ans plus tard, Thya commence un voyage solitaire à travers toute la Gaule pour sauver son père de la mort. 
 Ses dons lui ont montré le chemin, la réponse se trouve sur les vestiges d'une guerre lointaine... 

Voilà pour le résumé, et maintenant?
" - Où sommes-nous?
- A Brog"

  Comme vous êtes des génies, vous avez bien compris que c'est à Brog que Thya souhaite aller pour sauver son père chéri, mais pourquoi? La réponse est simple: aucune idée.
  Lorsque Thya use de ses dons pour connaître l'avenir (ce truc merveilleux qui se produit dans les minutes voire les siècles à venir) ses visions ne sont jamais très précises. Tout ce que lui montrent les foies d'animaux sacrifiés (oui, les romains n'étaient pas encore adeptes des feuilles de thé pour la voyance) ce sont des images de Brog, ce lieu mythique où son père, général, s'est vaillamment battu pour Rome, il y a de cela plusieurs années, déjà.  Tout est lié à Brog: la guérison de son père, le lourd secret de son ami et protecteur, Mettius ou encore le passé de ce si charismatique et si agaçant Enoch. Mais le temps presse: les Vandales se rapprochent de l'ancien champ de bataille à grande vitesse et Rome est déjà sur le déclin...


L'auteur de La Voie des Oracles,
Estelle Faye de son petit nom

  La Voie des Oracles est un excellent mélange de plusieurs ingrédients qui plaisent à l'accro d'Histoire que je suis: on a un très bon décor historique, descriptif et explicatif comme il faut sans pour autant en faire un documentaire, ce qui peut rapidement faire fuir certains lecteurs. De plus, l'histoire se déroule à une période qu'on a tendance à mettre de côté: le déclin de l'Empire Romain. Nos chers Auguste, Antoine ou encore Néron nous font aisément oublier que Rome n'a pas été éternelle et le déclin de l'Empire est particulièrement saisissant à travers tout le roman. On apprend tout en se délectant d'une bonne quête initiatique, que demande le peuple, franchement! Estelle Faye a mené à bien ses recherches et parvient à donner à ses personnages un caractère très dynamique sans pour autant en faire des caricatures (personnellement je surkiffe le Faune! Hum, pardon je m'égare). 

   Comme je suis une fille sensible - si, si - j'ai un petit côté (très bien enfouit sous un océan de mauvaise foi) romantique et j'ai beaucoup apprécié le duo que forment Thya et Enoch (si toi lecteur, tu trouves que c'est un spoiler, je te répondrais que ça crève les yeux, et toc!). Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu droit à une bonne petite histoire de séduction. Au cours de leur voyage, les deux protagonistes se cherchent, se ratent et finissent par se comprendre un peu. Avec Estelle Faye, pas de longs monologues sur la beauté des cils de l'être aimé, on a enfin (!!) du bon sens au coeur - c'est le cas de le dire - d'une possible relation entre deux jeunes personnes. 

  J'ai également particulièrement aimé la tension constante qui règne dans ce premier tome, la dualité de cet Empire nous amène à voir deux mondes distincts: l'univers païen, représenté par Thya principalement où les anciens dieux voient en elle leur dernier salut avant de disparaître à jamais; et l'univers chrétien qui commence déjà à devenir plus obscur avec un début de chasse aux sorcières. Cette atmosphère lourde, ajoutée au périple de l'héroïne rend cette lecture tout à fait captivante et l'on ressort de ce roman assez sonné, mais bien content!


Oui, c'est plutôt dans cet état d'esprit qu'on ressort de notre lecture.
En conclusion...
La Voie des Oracles est un bon roman alliant fantastique et Histoire. J'ai aimé plonger dans cette quête comme j'aime toujours relire les romans d'Odile Weulersse. Très bon chaudron d'aventures et de mystère, ce roman est un petit bijou en cette fin d'année.

jeudi 18 septembre 2014

Le Petit Monde

Le Petit Monde
trilogie de Morvan & Terada, ed. Dargaud.

  On a tendance à oublier (merci Disney) que le Neverland de Peter Pan n'est pas un monde rose où tout roule au doux son du réveil avalé par le crocodile... Il y a plusieurs années, j'étais tombée sous le charme d'une trilogie aussi barbare que grandiose: Le Petit Monde!

  Libre adaptation de Peter Pan écrit par James Matthew Barrie cette trilogie au style graphique incroyable reprend le roman original pour placer l'aventure dans un monde futuriste où inégalité sociale et crimes sont monnaie courante.
  Attention: la violence de cette bd  peut rendre mal à l’aise les lecteurs les plus sensibles! Mais pour ceux qui n'ont peur de rien, ils seront récompensés par le rythme, la beauté et la fatalité de cette bd.


  Le monde revisité, les aventures et les personnages sont poussés à l'extrême. Piedra, le Peter Pan drogué et blasé de cette adaptation est vraiment un être sans cœur et horriblement mauvais même pour lui-même. Les personnages féminins, la Fée Clochette ou encore Wendy, sont des garces et des manipulatrices. Quant aux enfants perdus et l'équipage de Crochet le mafieux, je n'arrive pas encore à décider quelle "équipe" est la plus sanglante!


 Le titre du Petit Monde, est une parfaite illustration du monde dans lequel évoluent les personnages. On a la ville haute - les riches - avec les Darling, famille de l’Ambassadeur du Japon et la ville basse où vivent les pauvres, les malfrats, et - bien sûr - tous les originaires du Neverland. Au fil des pages, on se rend compte que les deux "villes" sont aussi identiques au point de vue moral: meurtres, mensonges et manipulations sont de véritables traditions dans ce monde.


En bref: Un véritable coup de coeur d'une violence extrême à couper le souffle!
Le moins: Le sadisme ne peut pas plaire à tout le monde... courage!
Le plus: Un graphisme, une écriture, un duo gagnant!

mardi 2 septembre 2014

Harfang

Harfang
d'Aurore, ed. Delcourt.

  Il y a quelques années, j'ai découvert le style graphique d'Aurore, une illustratrice française, avec la série Pixie et depuis je suis fan (pourtant c'est pas facile pour un mauvais caractère comme le mien!). Lorsque j'ai appris qu'Aurore publiait son nouveau bijou, Harfang, j'ai tout de suite sauté dessus. Alors? Le bonheur était-il dans ses pages? Et comment! 

  Mais de quoi ça parle, Harfang ? C'est la libre adaptation d'un conte de Grimm, Jorinde & Joringel, un conte assez oublié qui raconte la malheureuse aventure d’un couple piégé par une vieille sorcière, alors qu'il se sont perdu dans une forêt maudite. La jeune fille est transformée en oiseau et devient la prisonnière de la sorcière tandis que le jeune homme se retrouve éloigné de sa fiancée, promis à une mort certaine si jamais il tente de la sauver...


  Evidemment, comme Harfang est une libre adaptation, il y a forcément des changements narratifs par rapport au conte originel. La vieille sorcière devient une très belle femme, le monde monde dans lequel vivent les personnages est plus asiatique qu’européen et on a même droit à une belle scène de combat mais tous ces changements sont le point fort de cette bd!


   L'univers d'Aurore est très riche et elle arrive, tout en gardant le conte originel à l’esprit, à donner au lecteur une véritable histoire proche du genre de l’héroïc fantasy en jouant notamment avec des éléments fantastiques: quête d'un jeune héros, créatures monstrueuses et lévolution des personnages. Ce dernier point, justement m'a beaucoup plu parce que, très souvent dans les contes le héros n’est pas très intéressant :  il est aidé par l'univers merveilleux ou alors il a un bol monstre! Les contes étant ce qu'ils sont, il n'y a pas beaucoup de place au caractère. Avec Harfang on a un couple qui évolue tout au long de l’histoire et un monde qui permet justement cette évolution et qui donne même envie d’avoir une suiteLa fin est une fin ouverte et donne très très très envie d’avoir un tome 2 - Aurore, si jamais vous passez par là - ce qui à mon sens montre bien que l’auteur à su prendre le pas sur le conte de Grimm.


En bref: une très belle bd, qui peut laisser sur sa faim suite à sa fin abrupte mais qui vaut vraiment le détour! Un vrai coup de coeur!
Le moins: tome 2 sera, ne sera pas?
Le plus: rien à dire, l'histoire, l'univers, le dessin me plaisent. Bravo!